

Ce projet croise la mobilité (infrastructure de transport), le design urbain et la performance artistique. Il a été conçu en collaboration avec Fawzia Dorson, architecte paysagiste Ghanéenne. Il prend comme point de départ les conditions de travail des vendeuses de rue sur la passerelle piétonne du quartier Madina à Accra au Ghana.
La passerelle est située près du marché de Madina, à l’arrêt de bus appelé Zongo (coordonnées GPS : 5°40’39.6″N 0°10’23.8″W). C’est un espace multimodal, avec de nombreux bus artisanaux qui s’y arrêtent. C’est un lieu vibrant et complexe que beaucoup de gens traversent quotidiennement lors de leurs trajets vers Aburi et Oyibi.
En septembre 2025, nous avons ont mené une enquête de terrain pour comprendre comment les femmes vendeuses vivent et ressentent cette infrastructure de transport transformée en espace commercial. Les vendeuses jouent un rôle actif dans l’économie du quartier, fournissent des biens et des services aux navetteurs, mais leur présence reste néanmoins non reconnue, informelle et uniquement tolérée par les services d’urbanisme et de police locale.
Nous avons interviewé plusieurs femmes, leur demandant quelles étaient leurs conditions de travail et leur niveau de bien-être dans cet espace public très particulier. Elles travaillent quotidiennement sous un soleil intense avec peu ou pas de protection, avec un bruit et de la pollution atmosphérique liés au fort trafic de véhicules et peu ou pas de reconnaissance institutionnelle.
Ce projet pose les questions suivantes :
Comment une infrastructure de transport peut-elle prendre soin de ses usagers ?
Le design urbain peut-il s’adapter aux usages réels ?
Comment rendre service à ceux qui rendent service ?




Ce travail est le fruit de conversations avec les vendeuses. La passerelle est à la fois un lieu de mouvement et un lieu de pause, où les gens passent et où ces femmes restent. Nous avons demandé aux femmes comment elles se sent ici, pourquoi elles vendent sur le pont, pourquoi elles vendent ces produits. Leurs réponses parlent de nécessités moins que de choix. La passerelle piétonne n’est pas un endroit idéal pour travailler. Il fait chaud. Elles restent assis sous le soleil pendant des heures, à attendre, à observer, à vendre. Pourtant, elles reviennent chaque jour, car elles doivent gagner leur vie.

Le projet s’incarne dans une performance qui déploie un grand morceau de tissu, créant un auvent temporaire projetant de l’ombre pour les femmes commerçantes. Ce simple acte de tenir un tissu devient un geste symbolique de soin et de reconnaissance, transformant l’espace pendant un bref instant. Ce geste fait ressentir le confort et le dignité qui adviendrait si l’installation était permanente et intentionnellement conçue abriter les vendeuses.
L’œuvre est politique au sens que c’est une invitation aux autorités locales et aux urbanistes à voir comment de petites actions intentionnelles pourraient améliorer les conditions de travail de celles dont le travail quotidien nourrit la ville.
Elle interroge sur la manière dont le design peut écouter, répondre et créer un espace pour le soin dans des environnements façonnés par la négligence. Un design comme forme de conscience poétique.



–
Documentation PDF du projet (en anglais).